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:Cependant la paix fut dclare. Les chefs des deux armes, dont aucun n'avait remport la victoire, mais qui pour leur seul intrt avaient fait verser le sang de tant d'hommes, leurs semblables, allrent briguer dans leurs cours des rcompenses. On clbra la paix dans des crits publics qui n'annonaient que le retour de la vertu et de la flicit sur la terre. "Dieu soit lou ! dit Babouc ; Perspolis sera le sjour de l'innocence pure ; elle ne sera point dtruite, comme le voulaient ces vilains gnies : courons sans tarder dans cette capitale de l'Asie."
:Sa mauvaise opinion augmenta encore  l'arrive d'un gros homme qui, ayant salu trs familirement toute la compagnie, s'approcha du jeune officier, et lui dit : "Je ne peux vous prter que cinquante mille dariques d'or, car, en vrit, les douanes de l'empire ne m'en ont rapport que trois cent mille cette anne." Babouc s'informa quel tait cet homme qui se plaignait de gagner si peu ; il apprit qu'il y avait dans Perspolis quarante rois plbiens qui tenaient  bail l'empire de Perse, et qui en rendaient quelque chose au monarque.
:Aprs dner il alla dans un des plus superbes temples de la ville ; il s'assit au milieu d'une troupe de femmes et d'hommes qui taient venus l pour passer le temps. Un mage parut dans une machine leve, qui parla longtemps du vice et de la vertu. Ce mage divisa en plusieurs parties ce qui n'avait pas besoin d'tre divis ; il prouva mthodiquement tout ce qui tait clair, il enseigna tout ce qu'on savait. Il se passionna froidement, et sortit suant et hors d'haleine.
:Babouc, fort incertain sur ce qu'il devait penser de Perspolis, rsolut de voir les mages et les lettrs : car les uns tudient la sagesse, et les autres la religion ; et il se flatta que ceux-l obtiendraient grce pour le reste du peuple. Ds le lendemain matin il se transporta dans un collge de mages. L'archimandrite lui avoua qu'il avait cent mille cus de rente pour avoir fait voeu de pauvret, et qu'il exerait un empire assez tendu en vertu de son voeu d'humilit ; aprs quoi il laissa Babouc entre les mains d'un petit frre, qui lui fit les honneurs.
:Ds qu'il se fut dfait d'eux, ii se mit  lire quelques livres nouveaux. Il y reconnut l'esprit de ses convives. Il vit surtout avec indignation ces gazettes de la mdisance, ces archives du mauvais got, que l'envie, la bassesse et la faim ont dictes ; ces lches satires o l'on mnage le vautour et o l'on dchire la colombe ; ces romans dnus d'imagination, o l'on voit tant de portraits de femmes que l'auteur ne connat pas.
:Il dit  son lettr : "Je connais trs bien que ces mages que j'avais cru si dangereux sont en effet trs utiles, surtout quand un gouvernement sage les empche de se rendre trop ncessaires ; mais vous m'avouerez au moins que vos jeunes magistrats, qui achtent une charge de juge ds qu'ils ont appris  monter  cheval, doivent taler dans les tribunaux tout ce que l'impertinence a de plus ridicule et tout ce que l'iniquit a de plus pervers ; il vaudrait mieux sans doute donner ces places gratuitement  ces vieux jurisconsultes qui ont pass toute leur vie  peser le pour et le contre."
:Babouc entendait leurs discours ; il ne put s'empcher de dire : "Voil un homme bien heureux ; il a tous ses ennemis dans son antichambre ; il crase de son pouvoir ceux qui l'envient ; il voit  ses pieds ceux qui le dtestent." Il entra enfin : il vit un petit vieillard courb sous le poids des annes et des affaires, mais encore vif et plein d'esprit.
:Babouc, tout Scythe et tout envoy qu'il tait d'un gnie, s'aperut que, s'il restait encore  Perspolis, il oublierait Ituriel pour Tone. Il s'affectionnait  la ville, dont le peuple tait poli, doux et bienfaisant, quoique lger, mdisant et plein de vanit. Il craignait que Perspolis ne ft condamne ; il craignait mme le compte qu'il allait rendre.
