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:Un jour qu'elle s'tait retire dans un bois pour s'y plaindre de son malheur, elle vit venir  elle un petit homme fort laid et fort dsagrable, mais vtu trs magnifiquement. C'tait le jeune prince Riquet  la Houppe, qui, ayant beaucoup remarqu ses portraits qui couraient par tout le monde, avait quitt le royaume de son pre pour avoir le plaisir de la voir et de lui parler. Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il l'aborde avec tout le respect et toute la politesse imaginables. S'tant aperu, aprs lui avoir fait ses compliments, qu'elle tait fort mlancolique, il lui dit : Je ne comprends point, madame, comment une personne aussi belle que vous l'tes peut tre aussi triste que vous le paraissez ; car, quoique je puisse me vanter d'avoir vu une infinit de belle personnes, je puis dire que je n'en ai jamais vu dont la beaut approche de la vtre.
:La princesse demeura tout interdite, et ne rpondit rien. Je vois, reprit Riquet  la Houppe, que cette proposition vous fait de la peine, et je ne m'en tonne pas ; mais je vous donne un an tout entier pour vous y rsoudre. La princesse avait si peu d'esprit, et en mme temps une si grande envie d'en avoir, qu'elle accepta la proposition qui lui tait faite. Elle n'eut pas plus tt promis  Riquet  la Houppe qu'elle l'pouserait dans un an  pareil jour, qu'elle se sentit tout autre qu'elle n'tait auparavant : elle se trouva une facilit incroyable  dire tout ce qu'il lui plaisait, d'une manire fine, aise et naturelle. Elle commena, ds ce moment, une conversation galante et soutenue avec Riquet  la Houppe, o elle brilla d'une telle force, que Riquet  la Houppe crut lui avoir donn plus d'esprit qu'il ne s'en tait rserv pour lui-mme.
:Le bruit de ce changement s'tant rpandu, tous les jeunes princes des royaumes voisins la demandrent en mariage ; mais elle n'en trouvait point qui et assez d'esprit, et elle les coutait tous, sans s'engager  aucun d'eux. Cependant il en vint un si puissant, si riche, si spirituel, et si bien fait, qu'elle ne put s'empcher d'avoir de la bonne volont pour lui. Son pre s'en tant aperu, lui dit qu'il la faisait la matresse sur le choix d'un poux. Comme plus on a d'esprit, et plus on a de peine  prendre une ferme rsolution sur cette affaire, elle demanda,  son pre, qu'il lui donnt du temps pour y penser.
:Elle alla par hasard se promener dans le mme bois o elle avait trouv Riquet  la Houppe. Dans le temps qu'elle se promenait, rvant profondment, elle entendit un bruit sourd sous ses pieds. Ayant prt l'oreille, elle entendit que l'un disait : Apporte-moi cette marmite ; l'autre : Mets du bois dans ce feu. La terre s'ouvrit dans le mme temps, et elle vit sous ses pieds comme une grande cuisine pleine de cuisiniers, de marmitons et de toutes sortes d'officiers ncessaires pour faire un festin magnifique. Il en sortit une bande de vingt ou trente rtisseurs, qui allrent se camper dans une alle du bois, autour d'une table fort longue, et qui tous, la lardoire  la main et la queue de renard sur l'oreille, se mirent  travailler en cadence, au son d'une chanson harmonieuse.
: -- Si un homme sans esprit, rpondit Riquet  la Houppe, serait bien reu, comme vous venez de me le dire,  vous reprocher votre manque de parole, pourquoi voulez-vous, madame, que je n'en use pas de mme, dans une chose o il y va de tout le bonheur de ma vie ? Est-il raisonnable que les personnes qui ont de l'esprit soient d'une pire condition que celles qui n'en ont pas ? Le pouvez-vous prtendre, vous qui en avez tant et qui avez tant souhait d'en avoir ? Mais venons au fait, s'il vous plat. A la rserve de ma laideur, y a-t-il quelque chose en moi qui vous dplaise ? tes-vous mal contente de ma naissance, de mon esprit, de mon humeur et de mes manires ?
