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:Nous l'avouons, ces trois noms trangers nous frapprent, et il nous vint aussitt  l'esprit qu'ils n'taient que des pseudonymes  l'aide desquels d'Artagnan avait dguis des noms peut-tre illustres, si toutefois les porteurs de ces noms d'emprunt ne les avaient pas choisis eux-mmes le jour o, par caprice, par mcontentement ou par dfaut de fortune, ils avaient endoss la simple casaque de mousquetaire. 
:Le seul catalogue des livres que nous lmes pour arriver  ce but remplirait un feuilleton tout entier, ce qui serait peut-tre fort instructif, mais  coups sr peu amusant pour nos lecteurs. Nous nous contenterons donc de leur dire qu'au moment o, dcourag de tant d'investigations infructueuses, nous allions abandonner notre recherche, nous trouvmes enfin, guid par les conseils de notre illustre et savant ami Paulin Paris, un manuscrit in-folio, cot le no 4772 ou 4773, nous ne nous le rappelons plus bien, ayant pour titre : 
:Et cette sensation avait t d'autant plus pnible au jeune d'Artagnan (ainsi s'appelait le don Quichotte de cette autre Rossinante), qu'il ne se cachait pas le ct ridicule que lui donnait, si bon cavalier qu'il ft, une pareille monture ; aussi avait-il fort soupir en acceptant le don que lui en avait fait M. d'Artagnan pre. Il n'ignorait pas qu'une pareille bte valait au moins vingt livres ; il est vrai que les paroles dont le prsent avait t accompagn n'avaient pas de prix. 
:Le gentilhomme ramena lentement les yeux de la monture au cavalier, comme s'il lui et fallu un certain temps pour comprendre que c'tait  lui que s'adressaient de si tranges reproches ; puis, lorsqu'il ne put plus conserver aucun doute, ses sourcils se froncrent lgrement, et aprs une assez longue pause, avec un accent d'ironie et d'insolence impossible  dcrire, il rpondit  d'Artagnan : 
: " Ce cheval est dcidment ou plutt a t dans sa jeunesse bouton d'or, reprit l'inconnu continuant les investigations commences et s'adressant  ses auditeurs de la fentre, sans paratre aucunement remarquer l'exaspration de d'Artagnan, qui cependant se redressait entre lui et eux. C'est une couleur fort connue en botanique, mais jusqu' prsent fort rare chez les chevaux. 
:Mais l'inconnu ne savait pas encore  quel genre d'entt il avait affaire ; d'Artagnan n'tait pas homme  jamais demander merci. Le combat continua donc quelques secondes encore ; enfin d'Artagnan, puis, laissa chapper son pe qu'un coup de bton brisa en deux morceaux. Un autre coup, qui lui entama le front, le renversa presque en mme temps tout sanglant et presque vanoui. 
: " Il ne faut pas que Milady soit aperue de ce drle, continua l'tranger : elle ne doit pas tarder  passer ; dj mme elle est en retard. Dcidment, mieux vaut que je monte  cheval et que j'aille au-devant d'elle... Si seulement je pouvais savoir ce que contient cette lettre adresse  Trville ! " 
:Mais, au moment de payer ce romarin, cette huile et ce vin, seule dpense du matre qui avait gard une dite absolue, tandis qu'au contraire le cheval jaune, au dire de l'htelier du moins, avait mang trois fois plus qu'on n'et raisonnablement pu le supposer pour sa taille, d'Artagnan ne trouva dans sa poche que sa petite bourse de velours rp ainsi que les onze cus qu'elle contenait ; mais quant  la lettre adresse  M. de Trville, elle avait disparu. 
:Malheureusement une circonstance s'opposait  ce que le jeune homme accomplt sa menace : c'est que, comme nous l'avons dit, son pe avait t, dans sa premire lutte, brise en deux morceaux, ce qu'il avait parfaitement oubli. Il en rsulta que, lorsque d'Artagnan voulut en effet dgainer, il se trouva purement et simplement arm d'un tronon d'pe de huit ou dix pouces  peu prs, que l'hte avait soigneusement renfonc dans le fourreau. Quant au reste de la lame, le chef l'avait adroitement dtourn pour s'en faire une lardoire. 
:Cette menace acheva d'intimider l'hte. Aprs le roi et M. le cardinal, M. de Trville tait l'homme dont le nom peut-tre tait le plus souvent rpt par les militaires et mme par les bourgeois. Il y avait bien le pre Joseph, c'est vrai ; mais son nom  lui n'tait jamais prononc que tout bas, tant tait grande la terreur qu'inspirait l'Eminence grise, comme on appelait le familier du cardinal. 
:-- Je vous dis que j'en suis sr, continua l'hte ; lorsque je lui ai annonc que Votre Seigneurie tait le protg de M. de Trville, et que vous aviez mme une lettre pour cet illustre gentilhomme, il a paru fort inquiet, m'a demand o tait cette lettre, et est descendu immdiatement  la cuisine o il savait qu'tait votre pourpoint. 
:Ce fut donc au milieu de cette cohue et de ce dsordre que notre jeune homme s'avana, le coeur palpitant, rangeant sa longue rapire le long de ses jambes maigres, et tenant une main au rebord de son feutre avec ce demi-sourire du provincial embarrass qui veut faire bonne contenance. Avait-il dpass un groupe, alors il respirait plus librement, mais il comprenait qu'on se retournait pour le regarder, et pour la premire fois de sa vie, d'Artagnan, qui jusqu' ce jour avait une assez bonne opinion de lui-mme, se trouva ridicule. 
:Celui qui occupait le degr en ce moment tenait merveilleusement ses adversaires en respect. On faisait cercle autour d'eux : la condition portait qu' chaque coup le touch quitterait la partie, en perdant son tour d'audience au profit du toucheur. En cinq minutes trois furent effleurs, l'un au poignet, l'autre au menton, l'autre  l'oreille, par le dfenseur du degr, qui lui-mme ne fut pas atteint : adresse qui lui valut, selon les conventions arrtes, trois tours de faveur. 
:Si difficile non pas qu'il ft, mais qu'il voult tre  tonner, ce passe- temps tonna notre jeune voyageur ; il avait vu dans sa province, cette terre o s'chauffent cependant si promptement les ttes, un peu plus de prliminaires aux duels, et la gasconnade de ces quatre joueurs lui parut la plus forte de toutes celles qu'il avait oues jusqu'alors, mme en Gascogne. Il se crut transport dans ce fameux pays des gants o Gulliver alla depuis et eut si grand-peur ; et cependant il n'tait pas au bout : restaient le palier et l'antichambre. 
:Cependant, quand le nom du roi intervenait parfois tout  coup  l'improviste au milieu de tous ces quolibets cardinalesques, une espce de billon calfeutrait pour un moment toutes ces bouches moqueuses ; on regardait avec hsitation autour de soi, et l'on semblait craindre l'indiscrtion de la cloison du cabinet de M. de Trville ; mais bientt une allusion ramenait la conversation sur Son Eminence, et alors les clats reprenaient de plus belle, et la lumire n'tait mnage sur aucune de ses actions. 
: " Certes, voil des gens qui vont tre embastills et pendus, pensa d'Artagnan avec terreur, et moi sans aucun doute avec eux, car du moment o je les ai couts et entendus, je serai tenu pour leur complice. Que dirait Monsieur mon pre, qui m'a si fort recommand le respect du cardinal, s'il me savait dans la socit de pareils paens ? " 
:Aussi, comme on s'en doute sans que je le dise, d'Artagnan n'osait se livrer  la conversation ; seulement il regardait de tous ses yeux, coutant de toutes ses oreilles, tendant avidement ses cinq sens pour ne rien perdre, et malgr sa confiance dans les recommandations paternelles, il se sentait port par ses gots et entran par ses instincts  louer plutt qu' blmer les choses inoues qui se passaient l. 
:-- Porthos, vous tes prtentieux comme Narcisse, je vous en prviens, rpondit Aramis ; vous savez que je hais la morale, except quand elle est faite par Athos. Quant  vous, mon cher, vous avez un trop magnifique baudrier pour tre bien fort l-dessus. Je serai abb s'il me convient ; en attendant, je suis mousquetaire : en cette qualit, je dis ce qu'il me plat, et en ce moment il me plat de vous dire que vous m'impatientez. 
:Les deux mousquetaires avec lesquels nous avons dj fait connaissance, et qui rpondaient aux deux derniers de ces trois noms, quittrent aussitt les groupes dont ils faisaient partie et s'avancrent vers le cabinet, dont la porte se referma derrire eux ds qu'ils en eurent franchi le seuil. Leur contenance, bien qu'elle ne ft pas tout  fait tranquille, excita cependant, par son laisser-aller  la fois plein de dignit et de soumission, l'admiration de d'Artagnan, qui voyait dans ces hommes des demi-dieux, et dans leur chef un Jupiter olympien arm de tous ses foudres. 
:Quand les deux mousquetaires furent entrs, quand la porte fut referme derrire eux, quand le murmure bourdonnant de l'antichambre, auquel l'appel qui venait d'tre fait avait sans doute donn un nouvel aliment, eut recommenc ; quand enfin M. de Trville eut trois ou quatre fois arpent, silencieux et le sourcil fronc, toute la longueur de son cabinet, passant chaque fois devant Porthos et Aramis, roides et muets comme  la parade, il s'arrta tout  coup en face d'eux, et les couvrant des pieds  la tte d'un regard irrit : 
:-- Mais de grce, Monsieur, continua Aramis, qui, voyant son capitaine s'apaiser, osait hasarder une prire, de grce, Monsieur, ne dites pas qu'Athos lui-mme est bless : il serait au dsespoir que cela parvint aux oreilles du roi, et comme la blessure est des plus graves, attendu qu'aprs avoir travers l'paule elle pntre dans la poitrine, il serait  craindre... " 
:Et sans attendre que le nouveau venu rpondt de lui-mme  cette preuve d'affection, M. de Trville saisissait sa main droite et la lui serrait de toutes ses forces, sans s'apercevoir qu'Athos, quel que ft son empire sur lui-mme, laissait chapper un mouvement de douleur et plissait encore, ce que l'on aurait pu croire impossible. 
:-- C'est une faveur en effet, jeune homme, rpondit M. de Trville ; mais elle peut ne pas tre si fort au-dessus de vous que vous le croyez ou que vous avez l'air de le croire. Toutefois une dcision de Sa Majest a prvu ce cas, et je vous annonce avec regret qu'on ne reoit personne mousquetaire avant l'preuve pralable de quelques campagnes, de certaines actions d'clat, ou d'un service de deux ans dans quelque autre rgiment moins favoris que le ntre. " 
: " Mais, continua Trville en fixant sur son compatriote un regard si perant qu'on et dit qu'il voulait lire jusqu'au fond de son coeur, mais, en faveur de votre pre, mon ancien compagnon, comme je vous l'ai dit, je veux faire quelque chose pour vous, jeune homme. Nos cadets de Barn ne sont ordinairement pas riches, et je doute que les choses aient fort chang de face depuis mon dpart de la province. Vous ne devez donc pas avoir de trop, pour vivre, de l'argent que vous avez apport avec vous. " 
: " J'ai donc la plus grande vnration pour M. le cardinal, continua-t-il, et le plus profond respect pour ses actes. Tant mieux pour moi, Monsieur, si vous me parlez, comme vous le dites, avec franchise ; car alors vous me ferez l'honneur d'estimer cette ressemblance de got ; mais si vous avez eu quelque dfiance, bien naturelle d'ailleurs, je sens que je me perds en disant la vrit ; mais, tant pis, vous ne laisserez pas que de m'estimer, et c'est  quoi je tiens plus qu' toute chose au monde. " 
: " Vous tes un honnte garon, mais dans ce moment je ne puis faire que ce que je vous ai offert tout  l'heure. Mon htel vous sera toujours ouvert. Plus tard, pouvant me demander  toute heure et par consquent saisir toutes les occasions, vous obtiendrez probablement ce que vous dsirez obtenir. 
:M. de Trville sourit  cette fanfaronnade, et, laissant son jeune compatriote dans l'embrasure de la fentre o ils se trouvaient et o ils avaient caus ensemble, il alla s'asseoir  une table et se mit  crire la lettre de recommandation promise. Pendant ce temps, d'Artagnan, : qui n'avait rien de mieux  faire, se mit  battre une marche contre les carreaux, regardant les mousquetaires qui s'en allaient les uns aprs les autres, et les suivant du regard jusqu' ce qu'ils eussent disparu au tournant de la rue. 
:M. de Trville, aprs avoir crit la lettre, la cacheta et, se levant, s'approcha du jeune homme pour la lui donner ; mais au moment mme o d'Artagnan tendait la main pour la recevoir, M. de Trville fut bien tonn de voir son protg faire un soubresaut, rougir de colre et s'lancer hors du cabinet en criant : 
: " Vous tes press ! s'cria le mousquetaire, ple comme un linceul ; sous ce prtexte, vous me heurtez, vous dites : " Excusez-moi " , et vous croyez que cela suffit ? Pas tout  fait, mon jeune homme. Croyez-vous, parce que vous avez entendu M. de Trville nous parler un peu cavalirement aujourd'hui, que l'on peut nous traiter comme il nous parle ? Dtrompez-vous, compagnon, vous n'tes pas M. de Trville, vous. 
:-- Ma foi, rpliqua d'Artagnan, qui reconnut Athos, lequel, aprs le pansement opr par le docteur, regagnait son appartement, ma foi, je ne l'ai pas fait exprs, j'ai dit : " Excusez-moi. " Il me semble donc que c'est assez. Je vous rpte cependant, et cette fois c'est trop peut-tre, parole d'honneur ! je suis press, trs press. Lchez-moi donc, je vous prie, et laissez-moi aller o j'ai affaire. 
:D'Artagnan, entendant jurer le mousquetaire, voulut sortir de dessous le manteau qui l'aveuglait, et chercha son chemin dans le pli. Il redoutait surtout d'avoir port atteinte  la fracheur du magnifique baudrier que nous connaissons ; mais, en ouvrant timidement les yeux, il se trouva le nez coll entre les deux paules de Porthos, c'est- -dire prcisment sur le baudrier. 
:Mais ni dans la rue qu'il venait de parcourir, ni dans celle qu'il embrassait maintenant du regard, il ne vit personne. Si doucement qu'et march l'inconnu, il avait gagn du chemin ; peut-tre aussi tait-il entr dans quelque maison. D'Artagnan s'informa de lui  tous ceux qu'il rencontra, descendit jusqu'au bac, remonta par la rue de Seine et la Croix-Rouge ; mais rien, absolument rien. Cependant cette course lui fut profitable en ce sens qu' mesure que la sueur inondait son front, son coeur se refroidissait. 
:Il se mit alors  rflchir sur les vnements qui venaient de se passer ; ils taient nombreux et nfastes : il tait onze heures du matin  peine, et dj la matine lui avait apport la disgrce de M. de Trville, qui ne pouvait manquer de trouver un peu cavalire la faon dont d'Artagnan l'avait quitt. 
:La conjecture tait triste. Sr d'tre tu par Athos, on comprend que le jeune homme ne s'inquitait pas beaucoup de Porthos. Pourtant, comme l'esprance est la dernire chose qui s'teint dans le coeur de l'homme, il en arriva  esprer qu'il pourrait survivre, avec des blessures terribles, bien entendu,  ces deux duels, et, en cas de survivance, il se fit pour l'avenir les rprimandes suivantes : 
: " Quel cervel je fais, et quel butor je suis ! Ce brave et malheureux Athos tait bless juste  l'paule contre laquelle je m'en vais, moi, donner de la tte comme un blier. La seule chose qui m'tonne, c'est qu'il ne m'ait pas tu roide ; il en avait le droit, et la douleur que je lui ai cause a d tre atroce. Quant  Porthos ! Oh ! quant  Porthos, ma foi, c'est plus drle. " 
:-- Monsieur, vous avez tort de chercher  m'humilier, dit d'Artagnan, chez qui le naturel querelleur commenait  parler plus haut que les rsolutions pacifiques. Je suis de Gascogne, c'est vrai, et puisque vous le savez, je n'aurai pas besoin de vous dire que les Gascons sont peu endurants ; de sorte que, lorsqu'ils se sont excuss une fois, ft-ce d'une sottise, ils sont convaincus qu'ils ont dj fait moiti plus qu'ils ne devaient faire. 
:-- Non pas, s'il vous plat, mon bel ami ; non, pas ici, du moins. Ne voyez-vous pas que nous sommes en face de l'htel d'Aiguillon, lequel est plein de cratures du cardinal ? Qui me dit que ce n'est pas Son Eminence qui vous a charg de lui procurer ma tte ? Or j'y tiens ridiculement,  ma tte, attendu qu'elle me semble aller assez correctement  mes paules. Je veux donc vous tuer, soyez tranquille, mais vous tuer tout doucement, dans un endroit clos et couvert, l o vous ne puissiez vous vanter de votre mort  personne. 
:Ensuite il y avait chez d'Artagnan ce fonds inbranlable de rsolution qu'avaient dpos dans son coeur les conseils de son pre, conseils dont la substance tait : " Ne rien souffrir de personne que du roi, du cardinal et de M. de Trville. " Il vola donc plutt qu'il ne marcha vers le couvent des Carmes Dchausss, ou plutt Deschaux, comme on disait  cette poque, sorte de btiment sans fentres, bord de prs arides, succursale du Pr-aux-Clercs, et qui servait d'ordinaire aux rencontres des gens qui n'avaient pas de temps  perdre. 
:Athos, qui souffrait toujours cruellement de sa blessure, quoiqu'elle et t panse  neuf par le chirurgien de M. de Trville, s'tait assis sur une borne et attendait son adversaire avec cette contenance paisible et cet air digne qui ne l'abandonnaient jamais. A l'aspect de d'Artagnan, il se leva et fit poliment quelques pas au-devant de lui. Celui-ci, de son ct, n'aborda son adversaire que le chapeau  la main et sa plume tranant jusqu' terre. 
:-- Trs incommod, sur ma parole, et vous m'avez fait un mal du diable, je dois le dire ; mais je prendrai la main gauche, c'est mon habitude en pareille circonstance. Ne croyez donc pas que je vous fasse une grce, je tire proprement des deux mains ; et il y aura mme dsavantage pour vous : un gaucher est trs gnant pour les gens qui ne sont pas prvenus. Je regrette de ne pas vous avoir fait part plus tt de cette circonstance. 
: " Pardieu, Monsieur, dit Athos, voici une proposition qui me plat, non pas que je l'accepte, mais elle sent son gentilhomme d'une lieue. C'est ainsi que parlaient et faisaient ces preux du temps de Charlemagne, sur lesquels tout cavalier doit chercher  se modeler. Malheureusement, nous ne sommes plus au temps du grand empereur. Nous sommes au temps de M. le cardinal, et d'ici  trois jours on saurait, si bien gard que soit le secret, on saurait, dis-je, que nous devons nous battre, et l'on s'opposerait  notre combat. Ah , mais ! ces flneurs ne viendront donc pas ? 
:-- Voil encore un mot qui me plat, dit Athos en faisant un gracieux signe de tte  d'Artagnan, il n'est point d'un homme sans cervelle, et il est  coup sr d'un homme de coeur. Monsieur, j'aime les hommes de votre trempe, et je vois que si nous ne nous tuons pas l'un l'autre, j'aurai plus tard un vrai plaisir dans votre conversation. Attendons ces Messieurs, je vous prie, j'ai tout le temps, et cela sera plus correct. Ah ! en voici un, je crois. " 
: " Vous ne me comprenez pas, Messieurs, dit d'Artagnan en relevant sa tte, sur laquelle jouait en ce moment un rayon de soleil qui en dorait les lignes fines et hardies : je vous demande excuse dans le cas o je ne pourrais vous payer ma dette  tous trois, car M. Athos a le droit de me tuer le premier, ce qui te beaucoup de sa valeur  votre crance, Monsieur Porthos, et ce qui rend la vtre  peu prs nulle, Monsieur Aramis. Et maintenant, Messieurs, je vous le rpte, excusez-moi, mais de cela seulement, et en garde ! " 
:Ce seul moment suffit  d'Artagnan pour prendre son parti : c'tait l un de ces vnements qui dcident de la vie d'un homme, c'tait un choix  faire entre le roi et le cardinal ; ce choix fait, il fallait y persvrer. Se battre, c'est--dire dsobir  la loi, c'est--dire risquer sa tte, c'est--dire se faire d'un seul coup l'ennemi d'un ministre plus puissant que le roi lui-mme : voil ce qu'entrevit le jeune homme, et, disons-le  sa louange, il n'hsita point une seconde. Se tournant donc vers Athos et ses amis : 
:Enfin cette lutte finit par faire perdre patience  Jussac. Furieux d'tre tenu en chec par celui qu'il avait regard comme un enfant, il s'chauffa et commena  faire des fautes. D'Artagnan, qui,  dfaut de la pratique, avait une profonde thorie, redoubla d'agilit. Jussac, voulant en finir, porta un coup terrible  son adversaire en se fendant  fond ; mais celui-ci para prime, et tandis que Jussac se relevait, se glissant comme un serpent sous son fer, il lui passa son pe au travers du corps. Jussac tomba comme une masse. 
:Cahusac courut  celui des gardes qu'avait tu Aramis, s'empara de sa rapire, et voulut revenir  d'Artagnan ; mais sur son chemin il rencontra Athos, qui, pendant cette pause d'un instant que lui avait procure d'Artagnan, avait repris haleine, et qui, de crainte que d'Artagnan ne lui tut son ennemi, voulait recommencer le combat. 
:Restaient Porthos et Biscarat. Porthos faisait mille fanfaronnades, demandant  Biscarat quelle heure il pouvait bien tre, et lui faisait ses compliments sur la compagnie que venait d'obtenir son frre dans le rgiment de Navarre ; mais, tout en raillant, il ne gagnait rien. Biscarat tait un de ces hommes de fer qui ne tombent que morts. 
:En effet, la chance tournait, et comme le roi commenait  perdre ce qu'il avait gagn, il n'tait pas fch de trouver un prtexte pour faire - qu'on nous passe cette expression de joueur, dont, nous l'avouons, nous ne connaissons pas l'origine -, pour faire charlemagne. Le roi se leva donc au bout d'un instant, et mettant dans sa poche l'argent qui tait devant lui et dont la majeure partie venait de son gain : 
: " Sire, reprit Trville, comme je vous l'ai dit, M. d'Artagnan est presque un enfant, et comme il n'a pas l'honneur d'tre mousquetaire, il tait en habit bourgeois ; les gardes de M. le cardinal, reconnaissant sa grande jeunesse et, de plus, qu'il tait tranger au corps, l'invitrent donc  se retirer avant qu'ils attaquassent. 
:Ds le soir mme, les trois mousquetaires furent prvenus de l'honneur qui leur tait accord. Comme ils connaissaient depuis longtemps le roi, ils n'en furent pas trop chauffs : mais d'Artagnan, avec son imagination gasconne, y vit sa fortune  venir, et passa la nuit  faire des rves d'or. Aussi, ds huit heures du matin, tait-il chez Athos. 
:D'Artagnan trouva le mousquetaire tout habill et prt  sortir. Comme on n'avait rendez-vous chez le roi qu' midi, il avait form le projet, avec Porthos et Aramis, d'aller faire une partie de paume dans un tripot situ tout prs des curies du Luxembourg. Athos invita d'Artagnan  les suivre, et malgr son ignorance de ce jeu, auquel il n'avait jamais jou, celui-ci accepta, ne sachant que faire de son temps, depuis neuf heures du matin qu'il tait  peine jusqu' midi. 
:Porthos et Aramis taient si occups de leur partie, et Athos les regardait avec tant d'attention, qu'ils ne virent pas mme sortir leur jeune compagnon, lequel, ainsi qu'il l'avait dit au garde de Son Eminence, s'arrta sur la porte ; un instant aprs, celui-ci descendit  son tour. Comme d'Artagnan n'avait pas de temps  perdre, vu l'audience du roi qui tait fixe  midi, il jeta les yeux autour de lui, et voyant que la rue tait dserte : 
:M. de Trville, accompagn des quatre jeunes gens, s'achemina donc vers le Louvre ; mais, au grand tonnement du capitaine des mousquetaires, on lui annona que le roi tait all courre le cerf dans la fort de Saint-Germain. M. de Trville se fit rpter deux fois cette nouvelle, et  chaque fois ses compagnons virent son visage se rembrunir. 
:-- Non, Votre Excellence, rpondit le valet de chambre, c'est le grand veneur qui est venu lui annoncer ce matin qu'on avait dtourn cette nuit un cerf  son intention. Il a d'abord rpondu qu'il n'irait pas, puis il n'a pas su rsister au plaisir que lui promettait cette chasse, et aprs le dner il est parti. 
:M. de Trville recevait fort bonne compagnie, toute anticardinaliste d'ailleurs. On comprend donc que la conversation roula pendant tout le dner sur les deux checs que venaient d'prouver les gardes de Son Eminence. Or, comme d'Artagnan avait t le hros de ces deux journes, ce fut sur lui que tombrent toutes les flicitations, qu'Athos, Porthos et Aramis lui abandonnrent non seulement en bons camarades, mais en hommes qui avaient eu assez souvent leur tour pour qu'ils lui laissassent le sien. 
:Vers six heures, M. de Trville annona qu'il tait tenu d'aller au Louvre ; mais comme l'heure de l'audience accorde par Sa Majest tait passe, au lieu de rclamer l'entre par le petit escalier, il se plaa avec les quatre jeunes gens dans l'antichambre. Le roi n'tait pas encore revenu de la chasse. Nos jeunes gens attendaient depuis une demi-heure  peine, mls  la foule des courtisans, lorsque toutes les portes s'ouvrirent et qu'on annona Sa Majest. 
:-- Beau plaisir, Monsieur ! Tout dgnre, sur mon me, et je ne sais si c'est le gibier qui n'a plus de voie ou les chiens qui n'ont plus de nez. Nous lanons un cerf dix cors, nous le courons six heures, et quand il est prt  tenir, quand Saint-Simon met dj le cor  sa bouche pour sonner l'hallali, crac ! toute la meute prend le change et s'emporte sur un daguet. Vous verrez que je serai oblig de renoncer  la chasse  courre comme j'ai renonc  la chasse au vol. Ah ! je suis un roi bien malheureux, Monsieur de Trville ! je n'avais plus qu'un gerfaut, et il est mort avant-hier. 
:-- Et pas un homme pour les instruire, les fauconniers s'en vont, il n'y a plus que moi qui connaisse l'art de la vnerie. Aprs moi tout sera dit, et l'on chassera avec des traquenards, des piges, des trappes. Si j'avais le temps encore de former des lves ! mais oui, M. le cardinal est l qui ne me laisse pas un instant de repos, qui me parle de l'Espagne, qui me parle de l'Autriche, qui me parle de l'Angleterre ! Ah !  propos de M. le cardinal, Monsieur de Trville, je suis mcontent de vous. " 
:-- Est-ce ainsi que vous faites votre charge, Monsieur ? continua le roi sans rpondre directement  la question de M. de Trville ; est-ce pour cela que je vous ai nomm capitaine de mes mousquetaires, que ceux- ci assassinent un homme, meuvent tout un quartier et veulent brler Paris sans que vous en disiez un mot ? Mais, au reste, continua le roi, sans doute que je me hte de vous accuser, sans doute que les perturbateurs sont en prison et que vous venez m'annoncer que justice est faite. 
:Si peu que dormit le roi, M. de Trville dormit plus mal encore ; il avait fait prvenir ds le soir mme ses trois mousquetaires et leur compagnon de se trouver chez lui  six heures et demie du matin. Il les emmena avec lui sans rien leur affirmer, sans leur rien promettre, et ne leur cachant pas que leur faveur et mme la sienne tenaient  un coup de ds. 
: " Monsieur de Trville, Sa Majest vient de m'envoyer qurir pour savoir comment les choses s'taient passes hier matin  mon htel. Je lui ai dit la vrit, c'est--dire que la faute tait  mes gens, et que j'tais prt  vous en faire mes excuses. Puisque je vous rencontre, veuillez les recevoir, et me tenir toujours pour un de vos amis. 
:-- Monsieur le duc, dit M. de Trville, j'tais si plein de confiance dans votre loyaut, que je n'avais pas voulu prs de Sa Majest d'autre dfenseur que vous-mme. Je vois que je ne m'tais pas abus, et je vous remercie de ce qu'il y a encore en France un homme de qui on puisse dire sans se tromper ce que j'ai dit de vous. 
:-- Ce qui veut dire que ce sont les Gascons qui m'ont fait roi moi- mme, n'est-ce pas, Trville, puisque je suis le fils de mon pre ? Eh bien,  la bonne heure, je ne dis pas non. La Chesnaye, allez voir si, en fouillant dans toutes mes poches, vous trouverez quarante pistoles ; et si vous les trouvez, apportez-les-moi. Et maintenant, voyons, jeune homme, la main sur la conscience, comment cela s'est-il pass ? " 
: " C'est bien cela, murmurait le roi ; oui, c'est ainsi que le duc m'a racont la chose. Pauvre cardinal ! sept hommes en deux jours, et de ses plus chers ; mais c'est assez comme cela, Messieurs, entendez-vous ! c'est assez : vous avez pris votre revanche de la rue Frou, et au-del ; vous devez tre satisfaits. 
:Quelquefois Grimaud, qui craignait son matre comme le feu, tout en ayant pour sa personne un grand attachement et pour son gnie une grande vnration, croyait avoir parfaitement compris ce qu'il dsirait, s'lanait pour excuter l'ordre reu, et faisait prcisment le contraire. Alors Athos haussait les paules et, sans se mettre en colre, rossait Grimaud. Ces jours-l, il parlait un peu. 
:Enfin, un coffre de magnifique orfvrerie, aux mmes armes que l'pe et le portrait, faisait un milieu de chemine qui jurait effroyablement avec le reste de la garniture. Athos portait toujours la clef de ce coffre sur lui. Mais un jour il l'avait ouvert devant Porthos, et Porthos avait pu s'assurer que ce coffre ne contenait que des lettres et des papiers : des lettres d'amour et des papiers de famille, sans doute. 
:Porthos habitait un appartement trs vaste et d'une trs somptueuse apparence, rue du Vieux-Colombier. Chaque fois qu'il passait avec quelque ami devant ses fentres,  l'une desquelles Mousqueton se tenait toujours en grande livre, Porthos levait la tte et la main, et disait :  Voil ma demeure !  Mais jamais on ne le trouvait chez lui, jamais il n'invitait personne  y monter, et nul ne pouvait se faire une ide de ce que cette somptueuse apparence renfermait de richesses relles. 
:Quant  Porthos, except son vritable nom, que M. de Trville savait seul, ainsi que celui de ses deux camarades, sa vie tait facile  connatre. Vaniteux et indiscret, on voyait  travers lui comme  travers un cristal. La seule chose qui et pu garer l'investigateur et t que l'on et cru tout le bien qu'il disait de lui. 
:Quant  Aramis, tout en ayant l'air de n'avoir aucun secret, c'tait un garon tout confit de mystres, rpondant peu aux questions qu'on lui faisait sur les autres, et ludant celles que l'on faisait sur lui-mme. Un jour, d'Artagnan, aprs l'avoir longtemps interrog sur Porthos et en avoir appris ce bruit qui courait de la bonne fortune du mousquetaire avec une princesse, voulut savoir aussi  quoi s'en tenir sur les aventures amoureuses de son interlocuteur. 
:-- Pardon, interrompit Aramis, j'ai parl parce que Porthos en parle lui- mme, parce qu'il a cri toutes ces belles choses devant moi. Mais croyez bien, mon cher Monsieur d'Artagnan, que si je les tenais d'une autre source ou qu'il me les et confies, il n'y aurait pas eu de confesseur plus discret que moi. 
: " Mon cher, n'oubliez pas que je veux tre d'Eglise, et que je fuis toutes les occasions mondaines. Ce mouchoir que vous avez vu ne m'avait point t confi, mais il avait t oubli chez moi par un de mes amis. J'ai d le recueillir pour ne pas les compromettre, lui et la dame qu'il aime. Quant  moi, je n'ai point et ne veux point avoir de matresse, suivant en cela l'exemple trs judicieux d'Athos, qui n'en a pas plus que moi. 
:-- Mousquetaire par intrim, mon cher, comme dit le cardinal, mousquetaire contre mon gr, mais homme d'Eglise dans le coeur, croyez-moi. Athos et Porthos m'ont fourr l-dedans pour m'occuper : j'ai eu, au moment d'tre ordonn, une petite difficult avec... Mais cela ne vous intresse gure, et je vous prends un temps prcieux. 
:D'Artagnan ne put, quelque peine qu'il se donnt, en savoir davantage sur ses trois nouveaux amis. Il prit donc son parti de croire dans le prsent tout ce qu'on disait de leur pass, esprant des rvlations plus sres et plus tendues de l'avenir. En attendant, il considra Athos comme un Achille, Porthos comme un Ajax, et Aramis comme un Joseph. 
:D'Artagnan rflchit et se rsolut  rouer Planchet par provision, ce qui fut excut avec la conscience que d'Artagnan mettait en toutes choses ; puis, aprs l'avoir bien ross, il lui dfendit de quitter son service sans sa permission. " Car, ajouta-t-il, l'avenir ne peut me faire faute ; j'attends invitablement des temps meilleurs. Ta fortune est donc faite si tu restes prs de moi, et je suis trop bon matre pour te faire manquer ta fortune en t'accordant le cong que tu me demandes. " 
:Alors la gne devint de la dtresse ; on vit les affams suivis de leurs laquais courir les quais et les corps de garde, ramassant chez leurs amis du dehors tous les dners qu'ils purent trouver ; car, suivant l'avis d'Aramis, on devait dans la prosprit semer des repas  droite et  gauche pour en rcolter quelques-uns dans la disgrce. 
:Quant  d'Artagnan, qui ne connaissait encore personne dans la capitale, il ne trouva qu'un djeuner de chocolat chez un prtre de son pays, et un dner chez un cornette des gardes. Il mena son arme chez le prtre, auquel on dvora sa provision de deux mois, et chez le cornette, qui fit des merveilles ; mais, comme le disait Planchet, on ne mange toujours qu'une fois, mme quand on mange beaucoup. 
:Il y songeait, lui, et srieusement mme, se creusant la cervelle pour trouver une direction  cette force unique quatre fois multiplie avec laquelle il ne doutait pas que, comme avec le levier que cherchait Archimde, on ne parvnt  soulever le monde, - lorsque l'on frappa doucement  la porte. D'Artagnan rveilla Planchet et lui ordonna d'aller ouvrir. 
:-- Par M. de La Porte. Ne vous ai-je pas dit qu'elle tait la filleule de M. de La Porte, l'homme de confiance de la reine ? Eh bien, M. de La Porte l'avait mise prs de Sa Majest pour que notre pauvre reine au moins et quelqu'un  qui se fier, abandonne comme elle l'est par le roi, espionne comme elle l'est par le cardinal, trahie comme elle l'est par tous. 
:Lorsqu'ils entrrent dans la chambre de d'Artagnan, la chambre tait vide : le propritaire, craignant les suites de la rencontre qui allait sans doute avoir lieu entre le jeune homme et l'inconnu, avait, par suite de l'exposition qu'il avait faite lui-mme de son caractre, jug qu'il tait prudent de dcamper. 
: " Planchet, dit d'Artagnan  son domestique, qui passait en ce moment la tte par la porte entrebille pour tcher de surprendre quelques bribes de la conversation, descendez chez mon propritaire, M. Bonacieux, et dites-lui de nous envoyer une demi-douzaine de bouteilles de vin de Beaugency : c'est celui que je prfre. 
: " Votre affaire n'est pas mauvaise, dit Athos aprs avoir got le vin en connaisseur et indiqu d'un signe de tte qu'il le trouvait bon, et l'on pourra tirer de ce brave homme cinquante  soixante pistoles. Maintenant, reste  savoir si cinquante  soixante pistoles valent la peine de risquer quatre ttes. 
:-- Ce qui ne m'empcherait pas, dit d'Artagnan, si je savais o est le duc de Buckingham, de le prendre par la main et de le conduire prs de la reine, ne ft-ce que pour faire enrager M. le cardinal ; car notre vritable, notre seul, notre ternel ennemi, Messieurs, c'est le cardinal, et si nous pouvions trouver moyen de lui jouer quelque tour bien cruel, j'avoue que j'y engagerais volontiers ma tte. 
: " Mais quelle diable de vilenie avez-vous donc faite l ? dit Porthos lorsque l'alguazil en chef eut rejoint ses compagnons, et que les quatre amis se retrouvrent seuls. Fi donc ! quatre mousquetaires laisser arrter au milieu d'eux un malheureux qui crie  l'aide ! Un gentilhomme trinquer avec un recors ! 
:Quand, dans une maison quelle qu'elle soit, on a arrt un individu souponn d'un crime quelconque, on tient secrte l'arrestation ; on place quatre ou cinq hommes en embuscade dans la premire pice, on ouvre la porte  tous ceux qui frappent, on la referme sur eux et on les arrte ; de cette faon, au bout de deux ou trois jours, on tient  peu prs tous les familiers de l'tablissement. 
:On fit donc une souricire de l'appartement de matre Bonacieux, et quiconque y apparut fut pris et interrog par les gens de M. le cardinal. Il va sans dire que, comme une alle particulire conduisait au premier tage qu'habitait d'Artagnan, ceux qui venaient chez lui taient exempts de toutes visites. 
:Le soir du lendemain de l'arrestation du pauvre Bonacieux, comme Athos venait de quitter d'Artagnan pour se rendre chez M. de Trville, comme neuf heures venaient de sonner, et comme Planchet, qui n'avait pas encore fait le lit, commenait sa besogne, on entendit frapper  la porte de la rue ; aussitt cette porte s'ouvrit et se referma : quelqu'un venait de se prendre  la souricire. 
:Alors ceux qui habitaient encore la malheureuse maison de Bonacieux et les voisins les plus proches entendirent de grands cris, des trpignements, un cliquetis d'pes et un bruit prolong de meubles. Puis, un moment aprs, ceux qui, surpris par ce bruit, s'taient mis aux fentres pour en connatre la cause, purent voir la porte se rouvrir et quatre hommes vtus de noir non pas en sortir, mais s'envoler comme des corbeaux effarouchs, laissant par terre et aux angles des tables des plumes de leurs ailes, c'est--dire des loques de leurs habits et des bribes de leurs manteaux. 
:C'tait une charmante femme de vingt-cinq  vingt-six ans, brune avec des yeux bleus, ayant un nez lgrement retrouss, des dents admirables, un teint marbr de rose et d'opale. L cependant s'arrtaient les signes qui pouvaient la faire confondre avec une grande dame. Les mains taient blanches, mais sans finesse : les pieds n'annonaient pas la femme de qualit. Heureusement, d'Artagnan n'en tait pas encore  se proccuper de ces dtails. 
:D'Artagnan salua Mme Bonacieux en lui lanant le coup d'oeil le plus amoureux qu'il lui ft possible de concentrer sur sa charmante petite personne, et tandis qu'il descendait l'escalier, il entendit la porte se fermer derrire lui  double tour. En deux bonds il fut au Louvre : comme il entrait au guichet de l'Echelle, dix heures sonnaient. Tous les vnements que nous venons de raconter s'taient succd en une demi-heure. 
:Alors d'Artagnan fit  M. de Trville une longue histoire sur la reine. Il lui exposa les craintes qu'il avait conues  l'gard de Sa Majest ; il lui raconta ce qu'il avait entendu dire des projets du cardinal  l'endroit de Buckingham, et tout cela avec une tranquillit et un aplomb dont M. de Trville fut d'autant mieux la dupe, que lui-mme, comme nous l'avons dit, avait remarqu quelque chose de nouveau entre le cardinal, le roi et la reine. 
:D'Artagnan se voyait dj, tant les rves marchent vite sur les ailes de l'imagination, accost par un messager de la jeune femme qui lui remettait quelque billet de rendez-vous, une chane d'or ou un diamant. Nous avons dit que les jeunes cavaliers recevaient sans honte de leur roi ; ajoutons qu'en ce temps de facile morale, ils n'avaient pas plus de vergogne  l'endroit de leurs matresses, et que celles-ci leur laissaient presque toujours de prcieux et durables souvenirs, comme si elles eussent essay de conqurir la fragilit de leurs sentiments par la solidit de leurs dons. 
:On faisait alors son chemin par les femmes, sans en rougir. Celles qui n'taient que belles donnaient leur beaut, et de l vient sans doute le proverbe, que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Celles qui taient riches donnaient en outre une partie de leur argent, et l'on pourrait citer bon nombre de hros de cette galante poque qui n'eussent gagn ni leurs perons d'abord, ni leurs batailles ensuite, sans la bourse plus ou moins garnie que leur matresse attachait  l'aron de leur selle. 
:D'Artagnan ne possdait rien ; l'hsitation du provincial, vernis lger, fleur phmre, duvet de la pche, s'tait vapore au vent des conseils peu orthodoxes que les trois mousquetaires donnaient  leur ami. D'Artagnan, suivant l'trange coutume du temps, se regardait  Paris comme en campagne, et cela ni plus ni moins que dans les Flandres : l'Espagnol l-bas, la femme ici. C'tait partout un ennemi  combattre, des contributions  frapper. 
:Et M. Bonacieux, que d'Artagnan avait pouss dans les mains des sbires en le reniant bien haut et  qui il avait promis tout bas de le sauver ? Nous devons avouer  nos lecteurs que d'Artagnan n'y songeait en aucune faon, ou que, s'il y songeait, c'tait pour se dire qu'il tait bien o il tait, quelque part qu'il ft. L'amour est la plus goste de toutes les passions. 
:Cependant, la jeune femme s'avanait toujours, comptant les maisons et les fentres. Ce n'tait, au reste, chose ni longue, ni difficile. Il n'y avait que trois htels dans cette partie de la rue, et deux fentres ayant vue sur cette rue ; l'une tait celle d'un pavillon parallle  celui qu'occupait Aramis, l'autre tait celle d'Aramis lui-mme. 
:Mme Bonacieux ! Le soupon que c'tait elle lui avait dj travers l'esprit quand elle avait tir le mouchoir de sa poche ; mais quelle probabilit que Mme Bonacieux, qui avait envoy chercher M. de La Porte pour se faire reconduire par lui au Louvre, court les rues de Paris seule  onze heures et demie du soir, au risque de se faire enlever une seconde fois ? 
:D'Artagnan offrit son bras  Mme Bonacieux, qui s'y suspendit, moiti rieuse, moiti tremblante, et tous deux gagnrent le haut de la rue de La Harpe. Arrive l, la jeune femme parut hsiter, comme elle avait dj fait dans la rue de Vaugirard. Cependant,  de certains signes, elle sembla reconnatre une porte ; et s'approchant de cette porte : 
:Et comme s'il ne se ft senti la force de se dtacher de la main qu'il tenait que par une secousse, il s'loigna tout courant, tandis que Mme Bonacieux frappait, comme au volet, trois coups lents et rguliers ; puis, arriv  l'angle de la rue, il se retourna : la porte s'tait ouverte et referme, la jolie mercire avait disparu. 
:D'Artagnan continua son chemin, il avait donn sa parole de ne pas pier Mme Bonacieux, et sa vie et-elle dpendu de l'endroit o elle allait se rendre, ou de la personne qui devait l'accompagner, d'Artagnan serait rentr chez lui, puisqu'il avait dit qu'il y rentrait. Cinq minutes aprs, il tait dans la rue des Fossoyeurs. 
:-- Il s'en est bien gard, Monsieur ; il s'est au contraire approch de moi et m'a dit : " C'est ton matre qui a besoin de sa libert en ce moment, et non pas moi, puisqu'il sait tout et que je ne sais rien. On le croira arrt, et cela lui donnera du temps ; dans trois jours je dirai qui je suis, et il faudra bien qu'on me fasse sortir. " 
:Madame Bonacieux et le duc entrrent au Louvre sans difficult ; Mme Bonacieux tait connue pour appartenir  la reine ; le duc portait l'uniforme des mousquetaires de M. de Trville, qui, comme nous l'avons dit, tait de garde ce soir-l. D'ailleurs Germain tait dans les intrts de la reine, et si quelque chose arrivait, Mme Bonacieux serait accuse d'avoir introduit son amant au Louvre, voil tout ; elle prenait sur elle le crime : sa rputation tait perdue, il est vrai, mais de quelle valeur tait dans le monde la rputation d'une petite mercire ? 
:Aussi, sr de lui-mme, convaincu de sa puissance, certain que les lois qui rgissent les autres hommes ne pouvaient l'atteindre, allait-il droit au but qu'il s'tait fix, ce but ft-il si lev et si blouissant que c'et t folie pour un autre que de l'envisager seulement. C'est ainsi qu'il tait arriv  s'approcher plusieurs fois de la belle et fire Anne d'Autriche et  s'en faire aimer,  force d'blouissement. 
:Georges Villiers se plaa donc devant une glace, comme nous l'avons dit, rendit  sa belle chevelure blonde les ondulations que le poids de son chapeau lui avait fait perdre, retroussa sa moustache, et le coeur tout gonfl de joie, heureux et fier de toucher au moment qu'il avait si longtemps dsir, se sourit  lui-mme d'orgueil et d'espoir. 
:Enfin ses cheveux, qui, de blonds qu'ils taient dans sa jeunesse, taient devenus chtains, et qu'elle portait friss trs clair et avec beaucoup de poudre, encadraient admirablement son visage, auquel le censeur le plus rigide n'et pu souhaiter qu'un peu moins de rouge, et le statuaire le plus exigeant qu'un peu plus de finesse dans le nez. 
:Buckingham resta un instant bloui ; jamais Anne d'Autriche ne lui tait apparue aussi belle, au milieu des bals, des ftes, des carrousels, qu'elle lui apparut en ce moment, vtue d'une simple robe de satin blanc et accompagne de doa Estfania, la seule de ses femmes espagnoles qui n'et pas t chasse par la jalousie du roi et par les perscutions de Richelieu. 
:-- Oui, rpondit Anne, mais vous savez pourquoi et comment je vous vois, Milord. Je vous vois par piti pour vous-mme ; je vous vois parce qu'insensible  toutes mes peines, vous vous tes obstin  rester dans une ville o, en restant, vous courez risque de la vie et me faites courir risque de mon honneur ; je vous vois pour vous dire que tout nous spare, les profondeurs de la mer, l'inimiti des royaumes, la saintet des serments. Il est sacrilge de lutter contre tant de choses, Milord. Je vous vois enfin pour vous dire qu'il ne faut plus nous voir. 
: " Voulez-vous que je vous dise comment vous tiez vtue la premire fois que je vous vis ? voulez-vous que je dtaille chacun des ornements de votre toilette ? Tenez, je vous vois encore : vous tiez assise sur des carreaux,  la mode d'Espagne ; vous aviez une robe de satin vert avec des broderies d'or et d'argent ; des manches pendantes et renoues sur vos beaux bras, sur ces bras admirables, avec de gros diamants ; vous aviez une fraise ferme, un petit bonnet sur votre tte, de la couleur de votre robe, et sur ce bonnet une plume de hron. 
: " Je n'ai pas l'espoir de pntrer  main arme jusqu' Paris, je le sais bien ; mais cette guerre pourra amener une paix, cette paix ncessitera un ngociateur, ce ngociateur ce sera moi. On n'osera plus me refuser alors, et je reviendrai  Paris, et je vous reverrai, et je serai heureux un instant. Des milliers d'hommes, il est vrai, auront pay mon bonheur de leur vie ; mais que m'importera,  moi, pourvu que je vous revoie ! Tout cela est peut-tre bien fou, peut-tre bien insens ; mais, dites- moi, quelle femme a un amant plus amoureux ? quelle reine a eu un serviteur plus ardent ? 
:-- Silence ! Silence ! dit le duc, si je suis heureux d'une erreur, n'ayez pas la cruaut de me l'enlever. Vous l'avez dit vous-mme, on m'a attir dans un pige, j'y laisserai ma vie peut-tre, car, tenez, c'est trange, depuis quelque temps j'ai des pressentiments que je vais mourir. " Et le duc sourit d'un sourire triste et charmant  la fois. 
:-- Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! s'cria Anne d'Autriche, c'est plus que je n'en puis supporter. Tenez, duc, au nom du Ciel, partez, retirez-vous ; je ne sais si je vous aime, ou si je ne vous aime pas ; mais ce que je sais, c'est que je ne serai point parjure. Prenez donc piti de moi, et partez. Oh ! si vous tes frapp en France, si vous mourez en France, si je pouvais supposer que votre amour pour moi ft cause de votre mort, je ne me consolerais jamais, j'en deviendrais folle. Partez donc, partez, je vous en supplie. 
:Au bout d'une demi-heure  peu prs, un greffier vint mettre fin  ses tortures, mais non pas  ses inquitudes, en donnant l'ordre de conduire M. Bonacieux dans la chambre des interrogatoires. Ordinairement on interrogeait les prisonniers chez eux, mais avec M. Bonacieux on n'y faisait pas tant de faons. 
:Le commissaire, qui jusque-l avait tenu sa tte baisse sur ses papiers, la releva pour voir  qui il avait affaire. Ce commissaire tait un homme  la mine rbarbative, au nez pointu, aux pommettes jaunes et saillantes, aux yeux petits mais investigateurs et vifs,  la physionomie tenant  la fois de la fouine et du renard. Sa tte, supporte par un cou long et mobile, sortait de sa large robe noire en se balanant avec un mouvement  peu prs pareil  celui de la tortue tirant sa tte hors de sa carapace. 
:Bonacieux ne ferma pas l'oeil, non pas que son cachot ft par trop dsagrable, mais parce que ses inquitudes taient trop grandes. Il resta toute la nuit sur son escabeau, tressaillant au moindre bruit ; et quand les premiers rayons du jour se glissrent dans sa chambre, l'aurore lui parut avoir pris des teintes funbres. 
:Tout  coup, il entendit tirer les verrous, et il fit un soubresaut terrible. Il croyait qu'on venait le chercher pour le conduire  l'chafaud ; aussi, lorsqu'il vit purement et simplement paratre, au lieu de l'excuteur qu'il attendait, son commissaire et son greffier de la veille, il fut tout prs de leur sauter au cou. 
:-- Mais, s'cria  son tour M. Bonacieux, je vous dis, Monsieur le commissaire, qu'il n'y a pas un instant de doute  avoir. M. d'Artagnan est mon hte, et par consquent, quoiqu'il ne me paie pas mes loyers, et justement mme  cause de cela, je dois le connatre. M. d'Artagnan est un jeune homme de dix-neuf  vingt ans  peine, et Monsieur en a trente au moins. M. d'Artagnan est dans les gardes de M. des Essarts, et Monsieur est dans la compagnie des mousquetaires de M. de Trville : regardez l'uniforme, Monsieur le commissaire, regardez l'uniforme. 
:Il prit le mme corridor qu'il avait dj pris, traversa une premire cour, puis un second corps de logis ; enfin,  la porte de la cour d'entre, il trouva une voiture entoure de quatre gardes  cheval. On le fit monter dans cette voiture, l'exempt se plaa prs de lui, on ferma la portire  clef, et tous deux se trouvrent dans une prison roulante. 
:La voiture se mit en mouvement, lente comme un char funbre. A travers la grille cadenasse, le prisonnier apercevait les maisons et le pav, voil tout ; mais, en vritable Parisien qu'il tait, Bonacieux reconnaissait chaque rue aux bornes, aux enseignes, aux rverbres. Au moment d'arriver  Saint-Paul, lieu o l'on excutait les condamns de la Bastille, il faillit s'vanouir et se signa deux fois. Il avait cru que la voiture devait s'arrter l. La voiture passa cependant. 
:Cette menace rassura quelque peu Bonacieux : si l'on et d l'excuter en Grve, ce n'tait pas la peine de le billonner, puisqu'on tait presque arriv au lieu de l'excution. En effet, la voiture traversa la place fatale sans s'arrter. Il ne restait plus  craindre que la Croix-du- Trahoir : la voiture en prit justement le chemin. 
:Il avait march comme on marche en rve ; il avait entrevu les objets  travers un brouillard ; ses oreilles avaient peru des sons sans les comprendre ; on et pu l'excuter dans ce moment qu'il n'et pas fait un geste pour entreprendre sa dfense, qu'il n'et pas pouss un cri pour implorer la piti. 
:Cependant, comme, en regardant autour de lui, il ne voyait aucun objet menaant, comme rien n'indiquait qu'il court un danger rel, comme la banquette tait convenablement rembourre, comme la muraille tait recouverte d'un beau cuir de Cordoue, comme de grands rideaux de damas rouge flottaient devant la fentre, retenus par des embrasses d'or, il comprit peu  peu que sa frayeur tait exagre, et il commena de remuer la tte  droite et  gauche et de bas en haut. 
:Debout devant la chemine tait un homme de moyenne taille,  la mine haute et fire, aux yeux perants, au front large,  la figure amaigrie qu'allongeait encore une royale surmonte d'une paire de moustaches. Quoique cet homme et trente-six  trente-sept ans  peine, cheveux, moustache et royale s'en allaient grisonnant. Cet homme, moins l'pe, avait toute la mine d'un homme de guerre, et ses bottes de buffle encore lgrement couvertes de poussire indiquaient qu'il avait mont  cheval dans la journe. 
:-- Que je vous pardonne, Monseigneur ! dit Bonacieux hsitant  prendre le sac, craignant sans doute que ce prtendu don ne ft qu'une plaisanterie. Mais vous tiez bien libre de me faire arrter, vous tes bien libre de me faire torturer, vous tes bien libre de me faire pendre : vous tes le matre, et je n'aurais pas eu le plus petit mot  dire. Vous pardonner, Monseigneur ! Allons donc, vous n'y pensez pas ! 
:Et le cardinal lui fit un signe de la main, auquel Bonacieux rpondit en s'inclinant jusqu' terre ; puis il sortit  reculons, et quand il fut dans l'antichambre, le cardinal l'entendit qui, dans son enthousiasme, criait  tue-tte : " Vive Monseigneur ! vive Son Eminence ! vive le grand cardinal ! " Le cardinal couta en souriant cette brillante manifestation des sentiments enthousiastes de matre Bonacieux ; puis, quand les cris de Bonacieux se furent perdus dans l'loignement : 
:Il ajouta qu'il ne connaissait ni Monsieur, ni Madame Bonacieux, qu'il n'avait jamais parl ni  l'un, ni  l'autre ; qu'il tait venu vers les dix heures du soir pour faire visite  M. d'Artagnan, son ami, mais que jusqu' cette heure il tait rest chez M. de Trville, o il avait dn ; vingt tmoins, ajouta-t-il, pouvaient attester le fait, et il nomma plusieurs gentilshommes distingus, entre autres M. le duc de La Trmouille. 
:Au premier mot de ce qu'avait dit M. le cardinal, que Mme de Chevreuse, exile  Tours et qu'on croyait dans cette ville, tait venue  Paris et, pendant cinq jours qu'elle y tait reste, avait dpist la police, le roi tait entr dans une furieuse colre. Capricieux et infidle, le roi voulait tre  Louis le Juste  et  Louis le Chaste  . La postrit comprendra difficilement ce caractre, que l'histoire n'explique que par des faits et jamais par des raisonnements. 
:-- J'ai l'honneur d'apprendre  Votre Majest, continua M. de Trville du mme ton, qu'un parti de procureurs, de commissaires et de gens de police, gens fort estimables mais fort acharns,  ce qu'il parat, contre l'uniforme, s'est permis d'arrter dans une maison, d'emmener en pleine rue et de jeter au Fort-l'Evque, tout cela sur un ordre que l'on a refus de me reprsenter, un de mes mousquetaires, ou plutt des vtres, Sire, d'une conduite irrprochable, d'une rputation presque illustre, et que Votre Majest connat favorablement, M. Athos. 
:-- Que Votre Majest se le rappelle, dit M. de Trville ; M. Athos est ce mousquetaire qui, dans le fcheux duel que vous savez, a eu le malheur de blesser grivement M. de Cahusac. - A propos, Monseigneur, continua Trville en s'adressant au cardinal, M. de Cahusac est tout  fait rtabli, n'est-ce pas ? 
:-- M. Athos tait donc all rendre visite  l'un de ses amis alors absent, continua M. de Trville,  un jeune Barnais, cadet aux gardes de Sa Majest, compagnie des Essarts ; mais  peine venait-il de s'installer chez son ami et de prendre un livre en l'attendant, qu'une nue de recors et de soldats mls ensemble vint faire le sige de la maison, enfona plusieurs portes... " 
:-- Je dfie Votre Eminence de le prouver, s'cria M. de Trville avec sa franchise toute gasconne et sa rudesse toute militaire, car, une heure auparavant, M. Athos, qui, je le confierai  Votre Majest, est un homme de la plus haute qualit, me faisait l'honneur, aprs avoir dn chez moi, de causer dans le salon de mon htel avec M. le duc de La Trmouille et M. le comte de Chlus, qui s'y trouvaient. " 
:-- Du moment o ils sont suspects  Votre Majest, dit Trville, les mousquetaires sont coupables ; aussi, me voyez-vous, Sire, prt  vous rendre mon pe ; car aprs avoir accus mes soldats, M. le cardinal, je n'en doute pas, finira par m'accuser moi-mme ; ainsi mieux vaut que je me constitue prisonnier avec M. Athos, qui est arrt dj, et M. d'Artagnan, qu'on va arrter sans doute. 
: " Il me jouera quelque mauvais tour incessamment, se disait Trville ; on n'a jamais le dernier mot avec un pareil homme. Mais htons-nous, car le roi peut changer d'avis tout  l'heure ; et au bout du compte, il est plus difficile de remettre  la Bastille ou au Fort-l'Evque un homme qui en est sorti, que d'y garder un prisonnier qu'on y tient. " 
:-- Au fait, dit le cardinal, quelque rpugnance que j'aie  arrter mon esprit sur une pareille trahison, Votre Majest m'y fait penser : Mme de Lannoy, que, d'aprs l'ordre de Votre Majest, j'ai interroge plusieurs fois, m'a dit ce matin que la nuit avant celle-ci Sa Majest avait veill fort tard, que ce matin elle avait beaucoup pleur et que toute la journe elle avait crit. 
:Mais, en entrant dans ce saint lieu, le pauvre pnitent n'avait pu refermer si vite la porte, que les passions qu'il fuyait n'y entrassent avec lui. Il en tait obsd sans relche, et le suprieur, auquel il avait confi cette disgrce, voulant autant qu'il tait en lui l'en garantir, lui avait recommand pour conjurer le dmon tentateur de recourir  la corde de la cloche et de sonner  toute vole. Au bruit dnonciateur, les moines seraient prvenus que la tentation assigeait un frre, et toute la communaut se mettrait en prires. 
:Le conseil parut bon au futur chancelier. Il conjura l'esprit malin  grand renfort de prires faites par les moines ; mais le diable ne se laisse pas dpossder facilement d'une place o il a mis garnison ;  mesure qu'on redoublait les exorcismes, il redoublait les tentations, de sorte que jour et nuit la cloche sonnait  toute vole, annonant l'extrme dsir de mortification qu'prouvait le pnitent. 
:Quand le chancelier eut rouvert et referm vingt fois les tiroirs du secrtaire, il fallut bien, quelque hsitation qu'il prouvt, il fallut bien, dis-je, en venir  la conclusion de l'affaire, c'est--dire  fouiller la reine elle-mme. Le chancelier s'avana donc vers Anne d'Autriche, et d'un ton trs perplexe et d'un air fort embarrass : 
:Le chancelier fit une profonde rvrence, puis avec l'intention bien patente de ne pas reculer d'une semelle dans l'accomplissement de la commission dont il s'tait charg, et comme et pu le faire un valet de bourreau dans la chambre de la question, il s'approcha d'Anne d'Autriche, des yeux de laquelle on vit  l'instant mme jaillir des pleurs de rage. 
:-- Que dites-vous l, Sire ? Dieu me garde que, pour moi, la reine prouve la moindre contrarit ! elle m'a toujours cru son ennemi, Sire, quoique Votre Majest puisse attester que j'ai toujours pris chaudement son parti, mme contre vous. Oh ! si elle trahissait Votre Majest  l'endroit de son honneur, ce serait autre chose, et je serais le premier  dire : " Pas de grce, Sire, pas de grce pour la coupable ! " Heureusement il n'en est rien, et Votre Majest vient d'en acqurir une nouvelle preuve. 
:Anne d'Autriche, qui,  la suite de la saisie de sa lettre, s'attendait  quelque reproche, fut fort tonne de voir le lendemain le roi faire prs d'elle des tentatives de rapprochement. Son premier mouvement fut rpulsif, son orgueil de femme et sa dignit de reine avaient t tous deux si cruellement offenss, qu'elle ne pouvait revenir ainsi du premier coup ; mais, vaincue par le conseil de ses femmes, elle eut enfin l'air de commencer  oublier. Le roi profita de ce premier moment de retour pour lui dire qu'incessamment il comptait donner une fte. 
:C'tait une chose si rare qu'une fte pour la pauvre Anne d'Autriche, qu' cette annonce, ainsi que l'avait pens le cardinal, la dernire trace de ses ressentiments disparut sinon dans son coeur, du moins sur son visage. Elle demanda quel jour cette fte devait avoir lieu, mais le roi rpondit qu'il fallait qu'il s'entendt sur ce point avec le cardinal. 
:Plus d'une fois le roi avait t humili que le cardinal, dont la police, sans avoir atteint encore la perfection de la police moderne, tait excellente, ft mieux instruit que lui-mme de ce qui se passait dans son propre mnage. Il espra donc, dans une conversation avec Anne d'Autriche, tirer quelque lumire de cette conversation et revenir ensuite prs de Son Eminence avec quelque secret que le cardinal st ou ne st pas, ce qui, dans l'un ou l'autre cas, le rehaussait infiniment aux yeux de son ministre. 
:Il alla donc trouver la reine, et, selon son habitude, l'aborda avec de nouvelles menaces contre ceux qui l'entouraient. Anne d'Autriche baissa la tte, laissa s'couler le torrent sans rpondre et esprant qu'il finirait par s'arrter ; mais ce n'tait pas cela que voulait Louis XIII ; Louis XIII voulait une discussion de laquelle jaillt une lumire quelconque, convaincu qu'il tait que le cardinal avait quelque arrire- pense et lui machinait une surprise terrible comme en savait faire Son Eminence. Il arriva  ce but par sa persistance  accuser. 
:La rponse tait terrible. Anne d'Autriche crut que Louis XIII savait tout, et que le cardinal avait obtenu de lui cette longue dissimulation de sept ou huit jours, qui tait au reste dans son caractre. Elle devint excessivement ple, appuya sur une console sa main d'une admirable beaut, et qui semblait alors une main de cire, et, regardant le roi avec des yeux pouvants, elle ne rpondit pas une seule syllabe. 
: " Oh ! ne craignez rien, Madame, dit la jeune femme en joignant les mains et en pleurant elle-mme des angoisses de la reine ; je suis  Votre Majest corps et me, et si loin que je sois d'elle, si infrieure que soit ma position, je crois que j'ai trouv un moyen de tirer Votre Majest de peine. 
:Elle trouva M. Bonacieux seul : le pauvre homme remettait  grand- peine de l'ordre dans la maison, dont il avait trouv les meubles  peu prs briss et les armoires  peu prs vides, la justice n'tant pas une des trois choses que le roi Salomon indique comme ne laissant point de traces de leur passage. Quant  la servante, elle s'tait enfuie lors de l'arrestation de son matre. La terreur avait gagn la pauvre fille au point qu'elle n'avait cess de marcher de Paris jusqu'en Bourgogne, son pays natal. 
:Ce premier moment s'tait fait attendre cinq jours, ce qui, dans toute autre circonstance, et paru un peu bien long  matre Bonacieux ; mais il avait, dans la visite qu'il avait faite au cardinal et dans les visites que lui faisait Rochefort, ample sujet  rflexion, et, comme on sait, rien ne fait passer le temps comme de rflchir. 
:-- Oui, Madame, et comme son serviteur je ne permettrai pas que vous vous livriez  des complots contre la sret de l'Etat, et que vous serviez, vous, les intrigues d'une femme qui n'est pas Franaise et qui a le coeur espagnol. Heureusement, le grand cardinal est l, son regard vigilant surveille et pntre jusqu'au fond du coeur. " 
:-- Tenez, Madame Bonacieux, dit le mercier, tenez, dcidment, je refuse : les intrigues me font peur. J'ai vu la Bastille, moi. Brrrrou ! c'est affreux, la Bastille ! Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule. On m'a menac de la torture. Savez-vous ce que c'est que la torture ? Des coins de bois qu'on vous enfonce entre les jambes jusqu' ce que les os clatent ! Non, dcidment, je n'irai pas. Et morbleu ! que n'y allez- vous vous-mme ? car, en vrit, je crois que je me suis tromp sur votre compte jusqu' prsent : je crois que vous tes un homme, et des plus enrags encore ! 
: " Allons, dit Mme Bonacieux, lorsque son mari eut referm la porte de la rue, et qu'elle se trouva seule, il ne manquait plus  cet imbcile que d'tre cardinaliste ! Et moi qui avais rpondu  la reine, moi qui avais promis  ma pauvre matresse... Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! elle va me prendre pour quelqu'une de ces misrables dont fourmille le palais, et qu'on a places prs d'elle pour l'espionner ! Ah ! Monsieur Bonacieux ! je ne vous ai jamais beaucoup aim ; maintenant, c'est bien pis : je vous hais ! et, sur ma parole, vous me le paierez ! " 
:-- Mille choses : d'abord, que votre mari est un niais et un sot, heureusement ; puis, que vous tiez embarrasse, ce dont j'ai t fort aise, et que cela me donne une occasion de me mettre  votre service, et Dieu sait si je suis prt  me jeter dans le feu pour vous ; enfin que la reine a besoin qu'un homme brave, intelligent et dvou fasse pour elle un voyage  Londres. J'ai au moins deux des trois qualits qu'il vous faut, et me voil. " 
:Mme Bonacieux regarda le jeune homme, retenue par une dernire hsitation. Mais il y avait une telle ardeur dans ses yeux, une telle persuasion dans sa voix, qu'elle se sentit entrane  se fier  lui. D'ailleurs elle se trouvait dans une de ces circonstances o il faut risquer le tout pour le tout. La reine tait aussi bien perdue par une trop grande retenue que par une trop grande confiance. Puis, avouons-le, le sentiment involontaire qu'elle prouvait pour ce jeune protecteur la dcida  parler. 
:Tout le long de la route, d'Artagnan s'tait demand s'il se confierait  M. de Trville, ou si seulement il lui demanderait de lui accorder carte blanche pour une affaire secrte. Mais M. de Trville avait toujours t si parfait pour lui, il tait si fort dvou au roi et  la reine, il hassait si cordialement le cardinal, que le jeune homme rsolut de tout lui dire. 
:-- Le plan de Porthos me semble impraticable, dit d'Artagnan, en ce que j'ignore moi-mme quelles instructions je puis vous donner. Je suis porteur d'une lettre, voil tout. Je n'ai pas et ne puis faire trois copies de cette lettre, puisqu'elle est scelle ; il faut donc,  mon avis, voyager de compagnie. Cette lettre est l, dans cette poche. Et il montra la poche o tait la lettre. Si je suis tu, l'un de vous la prendra et vous continuerez la route ; s'il est tu, ce sera le tour d'un autre, et ainsi de suite ; pourvu qu'un seul arrive, c'est tout ce qu'il faut. 
:Tout alla bien jusqu' Chantilly, o l'on arriva vers les huit heures du matin. Il fallait djeuner. On descendit devant une auberge que recommandait une enseigne reprsentant Saint Martin donnant la moiti de son manteau  un pauvre . On enjoignit aux laquais de ne pas desseller les chevaux et de se tenir prts  repartir immdiatement. 
:Alors chacun de ces hommes recula jusqu'au foss et y prit un mousquet cach ; il en rsulta que nos sept voyageurs furent littralement passs par les armes. Aramis reut une balle qui lui traversa l'paule, et Mousqueton une autre balle qui se logea dans les parties charnues qui prolongent le bas des reins. Cependant Mousqueton seul tomba de cheval, non pas qu'il ft grivement bless, mais, comme il ne pouvait voir sa blessure, sans doute il crut tre plus dangereusement bless qu'il ne l'tait. 
:Les voyageurs avaient pris la traverse, esprant de cette faon tre moins inquits, mais,  Crve-coeur, Aramis dclara qu'il ne pouvait aller plus loin. En effet, il avait fallu tout le courage qu'il cachait sous sa forme lgante et sous ses faons polies pour arriver jusque-l. A tout moment il plissait, et l'on tait oblig de le soutenir sur son cheval ; on le descendit  la porte d'un cabaret, on lui laissa Bazin qui, au reste, dans une escarmouche, tait plus embarrassant qu'utile, et l'on repartit dans l'esprance d'aller coucher  Amiens. 
:Cela commenait  devenir inquitant : tous ces accidents successifs taient peut-tre le rsultat du hasard, mais ils pouvaient tout aussi bien tre le fruit d'un complot. Athos et d'Artagnan sortirent, tandis que Planchet allait s'informer s'il n'y avait pas trois chevaux  vendre dans les environs. A la porte taient deux chevaux tout quips, frais et vigoureux. Cela faisait bien l'affaire. Il demanda o taient les matres ; on lui dit que les matres avaient pass la nuit dans l'auberge et rglaient leur compte  cette heure avec le matre. 
:Athos entra sans dfiance et tira deux pistoles pour payer : l'hte tait seul et assis devant son bureau, dont un des tiroirs tait entrouvert. Il prit l'argent que lui prsenta Athos, le tourna et le retourna dans ses mains, et tout  coup, s'criant que la pice tait fausse, il dclara qu'il allait le faire arrter, lui et son compagnon, comme faux-monnayeurs. 
:Puis, jetant un dernier coup d'oeil sur le beau jeune homme, qui avait vingt-cinq ans  peine et qu'il laissait l, gisant, priv de sentiment et peut-tre mort, il poussa un soupir sur cette trange destine qui porte les hommes  se dtruire les uns les autres pour les intrts de gens qui leur sont trangers et qui souvent ne savent pas mme qu'ils existent. 
:Les chevaux allaient comme le vent, et en quelques minutes ils furent aux portes de Londres. D'Artagnan avait cru qu'en arrivant dans la ville le duc allait ralentir l'allure du sien, mais il n'en fut pas ainsi : il continua sa route  fond de train, s'inquitant peu de renverser ceux qui taient sur son chemin. En effet, en traversant la Cit, deux ou trois accidents de ce genre arrivrent ; mais Buckingham ne dtourna pas mme la tte pour regarder ce qu'taient devenus ceux qu'il avait culbuts. D'Artagnan le suivait au milieu de cris qui ressemblaient fort  des maldictions. 
:Tous deux se trouvrent alors dans une petite chapelle toute tapisse de soie de Perse et broche d'or, ardemment claire par un grand nombre de bougies. Au-dessus d'une espce d'autel, et au-dessous d'un dais de velours bleu surmont de plumes blanches et rouges, tait un portrait de grandeur naturelle reprsentant Anne d'Autriche, si parfaitement ressemblant, que d'Artagnan poussa un cri de surprise : on et cru que la reine allait parler. 
:Buckingham conduisit l'orfvre dans la chambre qui lui tait destine, et qui, au bout d'une demi-heure, fut transforme en atelier. Puis il mit une sentinelle  chaque porte, avec dfense de laisser entrer qui que ce ft,  l'exception de son valet de chambre Patrice. Il est inutile d'ajouter qu'il tait absolument dfendu  l'orfvre O'Reilly et  son aide de sortir sous quelque prtexte que ce ft. Ce point rgl, le duc revint  d'Artagnan. 
: " Entendons-nous, Milord, rpondit d'Artagnan, et pesons bien les faits d'avance, afin qu'il n'y ait point de mprise. Je suis au service du roi et de la reine de France, et fais partie de la compagnie des gardes de M. des Essarts, lequel, ainsi que son beau-frre M. de Trville, est tout particulirement attach  Leurs Majests. J'ai donc tout fait pour la reine et rien pour Votre Grce. Il y a plus, c'est que peut-tre n'euss-je rien fait de tout cela, s'il ne se ft agi d'tre agrable  quelqu'un qui est ma dame  moi, comme la reine est la vtre. 
:En passant bord  bord de l'un d'eux, d'Artagnan crut reconnatre la femme de Meung, la mme que le gentilhomme inconnu avait appele " Milady " , et que lui, d'Artagnan, avait trouve si belle ; mais grce au courant du fleuve et au bon vent qui soufflait, son navire allait si vite qu'au bout d'un instant on fut hors de vue. 
:D'Artagnan fendit la foule, s'avana vers l'hte, et pronona le mot  Forward  . A l'instant mme, l'hte lui fit signe de le suivre, sortit avec lui par une porte qui donnait dans la cour, le conduisit  l'curie o l'attendait un cheval tout sell, et lui demanda s'il avait besoin de quelque autre chose. 
:D'Artagnan fit signe de la tte que non, et repartit  fond de train. A Ecouis, la mme scne se rpta : il trouva un hte aussi prvenant, un cheval frais et repos ; il laissa son adresse comme il l'avait fait, et repartit du mme train pour Pontoise. A Pontoise, il changea une dernire fois de monture, et  neuf heures il entrait au grand galop dans la cour de l'htel de M. de Trville. 
:A dix heures du matin, le sieur de La Coste, enseigne des gardes du roi, suivi de deux exempts et de plusieurs archers du corps, vint demander au greffier de la ville, nomm Clment, toutes les clefs des portes, des chambres et bureaux de l'Htel. Ces clefs lui furent remises  l'instant mme ; chacune d'elles portait un billet qui devait servir  la faire reconnatre, et  partir de ce moment le sieur de La Coste fut charg de la garde de toutes les portes et de toutes les avenues. 
:Aussitt MM. les chevins, vtus de leurs robes de drap et prcds de six sergents tenant chacun un flambeau  la main, allrent au-devant du roi, qu'ils rencontrrent sur les degrs, o le prvt des marchands lui fit compliment sur sa bienvenue, compliment auquel Sa Majest rpondit en s'excusant d'tre venue si tard, mais en rejetant la faute sur M. le cardinal, lequel l'avait retenue jusqu' onze heures pour parler des affaires de l'Etat. 
:Au moment o elle entrait, le rideau d'une petite tribune qui jusque-l tait rest ferm s'ouvrit, et l'on vit apparatre la tte ple du cardinal vtu en cavalier espagnol. Ses yeux se fixrent sur ceux de la reine, et un sourire de joie terrible passa sur ses lvres : la reine n'avait pas ses ferrets de diamants. 
:L'attention que nous avons t obligs de donner pendant le commencement de ce chapitre aux personnages illustres que nous y avons introduits nous a carts un instant de celui  qui Anne d'Autriche devait le triomphe inou qu'elle venait de remporter sur le cardinal, et qui, confondu, ignor, perdu dans la foule entasse  l'une des portes, regardait de l cette scne comprhensible seulement pour quatre personnes : le roi, la reine, Son Eminence et lui. 
:D'Artagnan demeura un instant immobile et se demandant o il tait, mais bientt un rayon de lumire qui pntrait par cette chambre, l'air chaud et parfum qui arrivait jusqu' lui, la conversation de deux ou trois femmes, au langage  la fois respectueux et lgant, le mot de Majest plusieurs fois rpt, lui indiqurent clairement qu'il tait dans un cabinet attenant  la chambre de la reine. 
:Quoique d'Artagnan ne connt point la reine, il distingua sa voix des autres voix, d'abord  un lger accent tranger, puis  ce sentiment de domination naturellement empreint dans toutes les paroles souveraines. Il l'entendait s'approcher et s'loigner de cette porte ouverte, et deux ou trois fois il vit mme l'ombre d'un corps intercepter la lumire. 
:Enfin, tout  coup une main et un bras adorables de forme et de blancheur passrent  travers la tapisserie ; d'Artagnan comprit que c'tait sa rcompense : il se jeta  genoux, saisit cette main et appuya respectueusement ses lvres ; puis cette main se retira laissant dans les siennes un objet qu'il reconnut pour tre une bague ; aussitt la porte se referma, et d'Artagnan se retrouva dans la plus complte obscurit. 
:-- Je l'ai laisse o elle tait, Monsieur. Il n'est pas naturel que les lettres entrent ainsi chez les gens. Si la fentre tait ouverte encore, ou seulement entrebille, je ne dis pas ; mais non, tout tait hermtiquement ferm. Monsieur, prenez garde, car il y a trs certainement quelque magie l-dessous. " 
:-- Ah ! dit M. Bonacieux, ils se sont bien gards de me le dire, et ma femme de son ct m'a jur ses grands dieux qu'elle ne le savait pas. Mais vous-mme, continua M. Bonacieux d'un ton de bonhomie parfaite, qu'tes-vous devenu tous ces jours passs ? je ne vous ai vu, ni vous ni vos amis, et ce n'est pas sur le pav de Paris, je pense, que vous avez ramass toute la poussire que Planchet poussetait hier sur vos bottes. 
: " Oh ! les femmes, les femmes ! s'cria le vieux soldat, je les reconnais bien  leur imagination romanesque ; tout ce qui sent le mystrieux les charme ; ainsi vous avez vu le bras, voil tout ; vous rencontreriez la reine, que vous ne la reconnatriez pas ; elle vous rencontrerait ; qu'elle ne saurait pas qui vous tes. 
:Planchet tait arm de son mousqueton et d'un pistolet. D'Artagnan avait son pe et passa deux pistolets  sa ceinture, puis tous deux enfourchrent chacun un cheval et s'loignrent sans bruit. Il faisait nuit close, et personne ne les vit sortir. Planchet se mit  la suite de son matre, et marcha par-derrire  dix pas. 
:Tant qu'on fut dans la ville, Planchet garda respectueusement la distance qu'il s'tait impose ; mais ds que le chemin commena  devenir plus dsert et plus obscur, il se rapprocha tout doucement : si bien que, lorsqu'on entra dans le bois de Boulogne, il se trouva tout naturellement marcher cte  cte avec son matre. En effet, nous ne devons pas dissimuler que l'oscillation des grands arbres et le reflet de la lune dans les taillis sombres lui causaient une vive inquitude. D'Artagnan s'aperut qu'il se passait chez son laquais quelque chose d'extraordinaire. 
:Cependant d'Artagnan, qui s'tait jet dans un petit chemin de traverse, continuait sa route et atteignait Saint-Cloud ; mais, au lieu de suivre la grande rue, il tourna derrire le chteau, gagna une espce de ruelle fort carte, et se trouva bientt en face du pavillon indiqu. Il tait situ dans un lieu tout  fait dsert. Un grand mur,  l'angle duquel tait ce pavillon, rgnait d'un ct de cette ruelle, et de l'autre une haie dfendait contre les passants un petit jardin au fond duquel s'levait une maigre cabane. 
:Nul bruit ne se faisait entendre, on et dit qu'on tait  cent lieues de la capitale. D'Artagnan s'adossa  la haie aprs avoir jet un coup d'oeil derrire lui. Par-del cette haie, ce jardin et cette cabane, un brouillard sombre enveloppait de ses plis cette immensit o dort Paris, vide, bant, immensit o brillaient quelques points lumineux, toiles funbres de cet enfer. 
:La petite lueur suave brillait toujours dans le calme de la nuit. D'Artagnan s'aperut alors, chose qu'il n'avait pas remarque d'abord, car rien ne le poussait  cet examen, que le sol, battu ici, trou l, prsentait des traces confuses de pas d'hommes, et de pieds de chevaux. En outre, les roues d'une voiture, qui paraissait venir de Paris, avaient creus dans la terre molle une profonde empreinte qui ne dpassait pas la hauteur du pavillon et qui retournait vers Paris. 
:Enfin d'Artagnan, en poursuivant ses recherches, trouva prs du mur un gant de femme dchir. Cependant ce gant, par tous les points o il n'avait pas touch la terre boueuse, tait d'une fracheur irrprochable. C'tait un de ces gants parfums comme les amants aiment  les arracher d'une jolie main. 
:Vers les sept heures du soir, le passeur avait fait traverser la rivire  une femme enveloppe d'une mante noire, qui paraissait avoir le plus grand intrt  ne pas tre reconnue ; mais, justement  cause des prcautions qu'elle prenait, le passeur avait prt une attention plus grande, et il avait reconnu que la femme tait jeune et jolie. 
:Alors d'Artagnan cessa de frapper et pria, avec un accent si plein d'inquitude et de promesses, d'effroi et de cajolerie, que sa voix tait de nature  rassurer de plus peureux. Enfin un vieux volet vermoulu s'ouvrit, ou plutt s'entrebilla, et se referma ds que la lueur d'une misrable lampe qui brlait dans un coin eut clair le baudrier, la poigne de l'pe et le pommeau des pistolets de d'Artagnan. Cependant, si rapide qu'et t le mouvement, d'Artagnan avait eu le temps d'entrevoir une tte de vieillard. 
:" Il tait neuf heures  peu prs, j'avais entendu quelque bruit dans la rue et je dsirais savoir ce que ce pouvait tre, lorsqu'en m'approchant de ma porte je m'aperus qu'on cherchait  entrer. Comme je suis pauvre et que je n'ai pas peur qu'on me vole, j'allai ouvrir et je vis trois hommes  quelques pas de l. Dans l'ombre tait un carrosse avec des chevaux attels et des chevaux de main. Ces chevaux de main appartenaient videmment aux trois hommes qui taient vtus en cavaliers. 
: " Les trois hommes avaient fait avancer la voiture sans aucun bruit, ils en tirrent un petit homme, gros, court, grisonnant, mesquinement vtu de couleur sombre, lequel monta avec prcaution  l'chelle, regarda sournoisement dans l'intrieur de la chambre, redescendit  pas de loup et murmura  voix basse : 
: " Aussitt celui qui m'avait parl s'approcha de la porte du pavillon, l'ouvrit avec une clef qu'il portait sur lui, referma la porte et disparut ; en mme temps les deux autres hommes montrent  l'chelle. Le petit vieux demeurait  la portire, le cocher maintenait les chevaux de la voiture, et un laquais les chevaux de selle. 
:D'Artagnan reprit, l'me navre, le chemin du bac. Tantt il ne pouvait croire que ce ft Mme Bonacieux, et il esprait le lendemain la retrouver au Louvre ; tantt il craignait qu'elle n'et eu une intrigue avec quelque autre et qu'un jaloux ne l'et surprise et fait enlever. Il flottait, il se dsolait, il se dsesprait. 
:Au lieu de rentrer chez lui directement, d'Artagnan mit pied  terre  la porte de M. de Trville, et monta rapidement l'escalier. Cette fois, il tait dcid  lui raconter tout ce qui venait de se passer. Sans doute il lui donnerait de bons conseils dans toute cette affaire ; puis, comme M. de Trville voyait presque journellement la reine, il pourrait peut- tre tirer de Sa Majest quelque renseignement sur la pauvre femme  qui l'on faisait sans doute payer son dvouement  sa matresse. 
:-- On ne vous fera pas le mme reproche, matre Bonacieux, dit le jeune homme, et vous tes le modle des gens rangs. Il est vrai que lorsque l'on possde une jeune et jolie femme, on n'a pas besoin de courir aprs le bonheur : c'est le bonheur qui vient vous trouver ; n'est- ce pas, Monsieur Bonacieux ? " 
:D'Artagnan baissa les yeux vers ses bottes toutes couvertes de boue ; mais dans ce mouvement ses regards se portrent en mme temps sur les souliers et les bas du mercier ; on et dit qu'on les avait tremps dans le mme bourbier ; les uns et les autres taient maculs de taches absolument pareilles. 
:Il prit  d'Artagnan une terrible envie de sauter  la gorge du mercier et de l'trangler ; mais, nous l'avons dit, c'tait un garon fort prudent, et il se contint. Cependant la rvolution qui s'tait faite sur son visage tait si visible, que Bonacieux en fut effray et essaya de reculer d'un pas ; mais justement il se trouvait devant le battant de la porte, qui tait ferme, et l'obstacle qu'il rencontra le fora de se tenir  la mme place. 
: " Ah  ! mais vous qui plaisantez, mon brave homme, dit d'Artagnan, il me semble que si mes bottes ont besoin d'un coup d'ponge, vos bas et vos souliers rclament aussi un coup de brosse. Est-ce que de votre ct vous auriez couru la prtantaine, matre Bonacieux ? Ah ! diable, ceci ne serait point pardonnable  un homme de votre ge et qui, de plus,  une jeune et jolie femme comme la vtre. 
:D'Artagnan descendit le premier, comme la chose avait t convenue ; puis, pour n'avoir rien  se reprocher, il se dirigea une dernire fois vers la demeure de ses trois amis : on n'avait reu aucune nouvelle d'eux, seulement une lettre toute parfume et d'une criture lgante et menue tait arrive pour Aramis. D'Artagnan s'en chargea. Dix minutes aprs, Planchet le rejoignait dans les curies de l'htel des Gardes. D'Artagnan, pour qu'il n'y et pas de temps perdu, avait dj sell son cheval lui-mme. 
:Et tous deux sortirent de l'htel des Gardes, s'loignrent chacun par un bout de la rue, l'un devant quitter Paris par la barrire de la Villette et l'autre par la barrire de Montmartre, pour se rejoindre au-del de Saint-Denis, manoeuvre stratgique qui, ayant t excute avec une gale ponctualit, fut couronne des plus heureux rsultats. D'Artagnan et Planchet entrrent ensemble  Pierrefitte. 
:Cependant sa prudence naturelle ne l'abandonnait pas un seul instant ; il n'avait oubli aucun des incidents du premier voyage, et il tenait pour ennemis tous ceux qu'il rencontrait sur la route. Il en rsultait qu'il avait sans cesse le chapeau  la main, ce qui lui valait de svres mercuriales de la part de d'Artagnan, qui craignait que, grce  cet excs de politesse, on ne le prt pour le valet d'un homme de peu. 
:Cependant, soit qu'effectivement les passants fussent touchs de l'urbanit de Planchet, soit que cette fois personne ne ft apost sur la route du jeune homme, nos deux voyageurs arrivrent  Chantilly sans accident aucun et descendirent  l'htel du  Grand Saint Martin  , le mme dans lequel ils s'taient arrts lors de leur premier voyage. 
:-- Mais ne vous y trompez pas, dit d'Artagnan, il y a plus d'gosme peut-tre que vous ne le pensez dans mon toast : il n'y a que les tablissements qui prosprent dans lesquels on soit bien reu ; dans les htels qui priclitent, tout va  la dbandade, et le voyageur est victime des embarras de son hte ; or, moi qui voyage beaucoup et surtout sur cette route, je voudrais voir tous les aubergistes faire fortune. 
:-- Bah ? je suis pass dix fois peut-tre  Chantilly, et sur les dix fois je me suis arrt au moins trois ou quatre fois chez vous. Tenez, j'y tais encore il y a dix ou douze jours  peu prs ; je faisais la conduite  des amis,  des mousquetaires,  telle enseigne que l'un d'eux s'est pris de dispute avec un tranger, un inconnu, un homme qui lui a cherch je ne sais quelle querelle. 
:-- Jusqu' son cheval, Monsieur, car lorsque l'tranger a t pour partir, nous nous sommes aperus que son laquais sellait le cheval de M. Porthos. Alors nous lui en avons fait l'observation, mais il nous a rpondu que nous nous mlions de ce qui ne nous regardait pas et que ce cheval tait  lui. Nous avons aussitt fait prvenir M. Porthos de ce qui se passait, mais il nous a fait dire que nous tions des faquins de douter de la parole d'un gentilhomme, et que, puisque celui-l avait dit que le cheval tait  lui, il fallait bien que cela ft. 
:-- Alors, continua l'hte, je lui fis rpondre que du moment o nous paraissions destins  ne pas nous entendre  l'endroit du paiement, j'esprais qu'il aurait au moins la bont d'accorder la faveur de sa pratique  mon confrre le matre de  l'Aigle d'Or ; mais M. Porthos me rpondit que mon htel tant le meilleur, il dsirait y rester. 
: " Cette rponse tait trop flatteuse pour que j'insistasse sur son dpart. Je me bornai donc  le prier de me rendre sa chambre, qui est la plus belle de l'htel, et de se contenter d'un joli petit cabinet au troisime. Mais  ceci M. Porthos rpondit que, comme il attendait d'un moment  l'autre sa matresse, qui tait une des plus grandes dames de la cour, je devais comprendre que la chambre qu'il me faisait l'honneur d'habiter chez moi tait encore bien mdiocre pour une pareille personne. 
: " Cependant, tout en reconnaissant la vrit de ce qu'il disait, je crus devoir insister ; mais, sans mme se donner la peine d'entrer en discussion avec moi, il prit son pistolet, le mit sur sa table de nuit et dclara qu'au premier mot qu'on lui dirait d'un dmnagement quelconque  l'extrieur ou  l'intrieur, il brlerait la cervelle  celui qui serait assez imprudent pour se mler d'une chose qui ne regardait que lui. Aussi, depuis ce temps-l, Monsieur, personne n'entre plus dans sa chambre, si ce n'est son domestique. 
:-- Oui, Monsieur ; cinq jours aprs son dpart, il est revenu de fort mauvaise humeur de son ct ; il parat que lui aussi a eu du dsagrment dans son voyage. Malheureusement, il est plus ingambe que son matre, ce qui fait que pour son matre il met tout sens dessus dessous, attendu que, comme il pense qu'on pourrait lui refuser ce qu'il demande, il prend tout ce dont il a besoin sans demander. 
:-- Au lieu de mettre la lettre  la poste, ce qui n'est jamais bien sr, j'ai profit de l'occasion de l'un de mes garons qui allait  Paris, et je lui ai ordonn de la remettre  cette duchesse elle-mme. C'tait remplir les intentions de M. Porthos, qui nous avait si fort recommand cette lettre, n'est-ce pas ? 
:-- Que voulez-vous, mon cher Porthos, on ne peut pas tre privilgi de toutes faons, dit d'Artagnan ; vous savez le proverbe : " Malheureux au jeu, heureux en amour. " Vous tes trop heureux en amour pour que le jeu ne se venge pas ; mais que vous importent,  vous, les revers de la fortune ! n'avez-vous pas, heureux coquin que vous tes, n'avez-vous pas votre duchesse, qui ne peut manquer de vous venir en aide ? 
:-- Couci-couci ! rpondit Porthos. Il y a dj trois ou quatre jours que l'impertinent m'a mont son compte, et que je les ai mis  la porte, son compte et lui ; de sorte que je suis ici comme une faon de vainqueur, comme une manire de conqurant. Aussi, vous le voyez, craignant toujours d'tre forc dans la position, je suis arm jusqu'aux dents. 
:-- Oh ! de la faon la plus malheureuse, Monsieur. Un jour, il s'tait trouv pris dans un chemin creux entre un huguenot et un catholique  qui il avait dj eu affaire, et qui le reconnurent tous deux ; de sorte qu'ils se runirent contre lui et le pendirent  un arbre ; puis ils vinrent se vanter de la belle quipe qu'ils avaient faite dans le cabaret du premier village, o nous tions  boire, mon frre et moi. 
:-- Nous les laissmes dire, reprit Mousqueton. Puis comme, en sortant de ce cabaret, ils prenaient chacun une route oppose, mon frre alla s'embusquer sur le chemin du catholique, et moi sur celui du protestant. Deux heures aprs, tout tait fini, nous leur avions fait  chacun son affaire, tout en admirant la prvoyance de notre pauvre pre qui avait pris la prcaution de nous lever chacun dans une religion diffrente. 
:Tandis que Porthos et Mousqueton djeunaient avec des apptits de convalescents et cette cordialit de frres qui rapproche les hommes dans le malheur, d'Artagnan raconta comment Aramis bless avait t forc de s'arrter  Crvecoeur, comment il avait laiss Athos se dbattre  Amiens entre les mains de quatre hommes qui l'accusaient d'tre un faux-monnayeur, et comment, lui, d'Artagnan, avait t forc de passer sur le ventre du comte de Wardes pour arriver jusqu'en Angleterre. 
:Mais l s'arrta la confidence de d'Artagnan ; il annona seulement qu' son retour de la Grande-Bretagne il avait ramen quatre chevaux magnifiques, dont un pour lui et un autre pour chacun de ses compagnons, puis il termina en annonant  Porthos que celui qui lui tait destin tait dj install dans l'curie de l'htel. 
:Comme d'Artagnan tait  peu prs rassur sur Porthos, et qu'il lui tardait d'avoir des nouvelles de ses deux autres amis, il tendit la main au malade, et le prvint qu'il allait se mettre en route pour continuer ses recherches. Au reste, comme il comptait revenir par la mme route, si, dans sept  huit jours, Porthos tait encore  l'htel du  Grand Saint Martin  , il le reprendrait en passant. 
